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Jesper Just

A l’occasion de l’exposition temporaire au Mac/Val consacrée à l’artiste vidéaste danois Jesper Just, j’ai découvert une œuvre troublante voire envoutante.

This Nameless Spectacle

L’exposition était centrée sur la dernière œuvre de l’artiste, tournée spécialement pour l’exposition dans les environs de la Butte Chaumont à Paris, et composée de deux point de vue simultanés projetés sur deux murs parallèles délimitant l’espace scénique.

Au centre, le spectateur est amené à alterner son regard entre les deux écrans qui se font face et présentent chacun un point de vue visuel différent du même moment. Les deux vue se complètent et se répondent. Au centre, on ne peut voir les deux écrans d’un seul regard, et inconsciemment on se retrouve à alterner, à combler mentalement le lien entre les deux vues, à recréer l’image manquante, à essayer de combler la partie absente suggérée par celles montrées.

A y repenser, le procédé m’a évoqué celui utilisé par Murakami pour plusieurs de ses romans (La fin des temps, 1Q84). Il y narre en parallèle deux histoires, alternant méthodiquement chacune chapitre après chapitre, et le lecteur tisse petit à petit les liens entre deux points de vue qui ne semblaient initialement avoir aucun rapport, formant un ensemble unique dont il fait finalement partie.

Chez Jesper Just, aucune parole, aucun texte ne viennent guider le spectateur dans son appréhension de l’œuvre. Il faut se laisser guider par l’ambiance sonore, très présente, et les émotions que nous distillent les visages des personnages. Il donne une place très importante aux émotions par de nombreux gros plans qui laissent au spectateur le temps d’essayer de déchiffrer des émotions qui le guideraient dans son interprétation.

En contrepoint de cette projection centrale, plusieurs de ses productions antérieures étaient présentées dans de petites salles périphériques, dans un format plus réduit.

Je ne sais si le format de présentation plus intimiste y a participé, mais ce sont ces vidéos là qui m’ont le plus touché.

Ses productions antérieures

Cinq films plus anciens étaient présentés. Et chacun à sa façon apporte sa touche à un ensemble troublant.

Un monde intriguant dans lesquels les personnages semblent errer en solitaire dans un univers vide d’autrui. L’absence d’humanité environnante semble mettre en exergue celle de chaque visage, dont les émotions nous sont données à voir à travers de nombreux gros voire très gros plans.

Jesper Just ne s’en tient pas aux visages ; sa caméra sait aussi s’arrêter sur les autres parties du corps qui trahissent involontairement mais aussi sûrement les émotions comme les mains [1].

Les mouvements de caméra lents participent eux même de cette ambiance dans laquelle le temps semble ralenti, presque suspendu. De ce point de vue, on ne peut s’empêcher de penser à 2001 (Kubrick).

Enfin l’ambiance sonore qui semble répondre aux subtiles mouvements des corps, aux silences (absence de paroles, il n’y a que ça ici), aux hésitations, aux regards m’a rappelé par moment Won Kar Wai (In the Mood for Love ou 2046).

Tous ces procédés contribuent à créer une sensation étrange. On se laisse emporter dans l’univers de ces films courts sans plus chercher à démêler une quelconque logique, se contentant de capter l’ambiance, les émotions, voire la sensualité qui se dégage de certaines.

A Vicious Undertow
Sirens of Chrome
A voyage in dwelling
The Lonely Villa

Je suis ressorti de ces projections troublé et presque envouté. De chaque film ou presque il m’est resté un visage de femme, comme une persistence rétinienne. Et j’en suis venu à me faire la remarque que Jesper Just leur accordait une place de choix dans son œuvre.

J’aurais voulu lui demander si c’était un choix conscient, mais absorbé par ses films, j’en ai raté la séance d’échange à laquelle il était présent.


Voir en ligne : Jesper Just au Mac/Val

— 6 février 2012

Notes

[1J’ai pensé à certaines scènes de Lelouche

Vos commentaires

  • Le 2 octobre 2012 à 20:39, par Loic En réponse à : Jesper Just

    Très sympa comme façon de raconter... ca m’aurait fait rêver de pouvoir assister dans les mêmes conditions aux projections ! Je vais me renseigner sur Jesper Just.

Vos commentaires

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