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Les cabines de mon enfance

Au détour d’un week-end j’ai retrouvé les cabines de mon enfance. Témoins immuables du temps qui passe, des vacanciers qui jouent dans le sable saison après saison, elles étaient là comme dans mon souvenir.

J’ai marché dans l’eau, comme me ressourçant à mes racines. J’ai retrouvé la cour de mon école, et juste en face, de l’autre côté de la rue, ce qui était le garage de mes grand-parents. Je les voyais presque encore là. Ma grand-mère dans son bureau, mon grand-père devant l’entrée.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
 
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?
 
Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :
 
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la doulceur angevine.
 
Joachim DU BELLAY

Et pourtant cette émotion, cette impression d’être revenu chez moi, à mes racines, n’a rien d’une évidence ; les attaches de mon cœur pour cette petite station balnéaire de la côte fleurie restent imprécises.

Car je ne suis pas né ici. C’est à peine si j’y ai habité 2 ans. Et si c’est la première école dont je me souviens nettement, sans doute est-ce parce que j’y suis revenu depuis mes 9 ans.

Souvent je m’interroge sur ce qui fait nos racines. Sur ce qui fait qu’on se sent indubitablement attaché à un lieu, une ville, une région.

Alors que je vis aujourd’hui là où j’ai passé la majeure partie de mon enfance, je ne m’y sens aucun lien, aucune attache. Lorsque j’ai eu l’occasion de repasser dans la ville de ma naissance, en région parisienne, cela ne m’a fait ni chaud ni froid : c’était juste un concept.

Peut-être que cette attache normande me vient de mon père, qui y a passé, lui, son enfance.

Mais j’aime à croire que c’est à mes grands-parents que je dois cette affection géographique. Eux qui ont vécu et travaillé dans ce garage jusqu’à leur retraite. Eux que l’on retrouvait souvent lors des fêtes de familles, dans la maison normande qu’ils avaient restauré de leurs mains, dans le bocage des environs. Eux dans le regard desquels j’ai toujours ressenti de la fierté et de l’encouragement pour leurs petits-enfants, moi compris.

Sans doute est-ce le souvenir d’eux que je suis venu chercher là, et qui me rattache irrémédiablement à ces lieux. Et le souvenir de cette impression irremplaçable de se sentir aimé, encouragé, poussé dans la vie, sans jugement, sans critique, que je ressentais toujours auprès d’eux.

Je crois que ces cabines sont pour moi le symbole d’une époque révolue dont je viens chercher quelques fragments dans mon cœur et dans ma mémoire. Une quête nostalgique à la fois vaine et nécessaire.

— 22 septembre 2011

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Vos commentaires

  • Le 22 septembre 2011 à 11:18, par ? En réponse à : Les cabines de mon enfance

    notsalgique c’est l’opposé de salgique ? :)

  • Le 22 septembre 2011 à 12:50, par Cedric En réponse à : Les cabines de mon enfance

    corrigé, merci.

  • Le 15 janvier 2013 à 02:10, par Ben En réponse à : Les cabines de mon enfance

    De bien belles photos, moi aussi j’allais en été sur les plages de Normandie ou il y avait les même cabines, un peu comme nos madeleines de Proust mais en version plage.
    Ben

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