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Le mur

Longtemps je n’écoutais pas de musique. Ou peu.

Je n’ai découvert The Wall que tard. Autant que l’on peut découvrir une telle œuvre dans la salle télé d’un internat (dans sa version film). Cette musique était un monde inconnu pour moi, et elle m’avait confusément plu [1].

J’ai acheté l’album quelques temps plus tard. D’autres se seraient sûrement précipité, et auraient compulsivement découvert la discographie complète des Pink Floyd (complète pour l’époque, car elle n’était alors pas achevée). Mais c’eut été là écouter et montrer une émotion personnelle.

Puis j’ai perdu l’album dans les hasards de la vie, rechargé une version mp3 beaucoup plus tard, et enfin découvert l’ensemble des Pink Floyd ces dernières années. J’adore [2].

Alors je suis allé voir The Wall lors de son passage à Bercy le 31 mai, étape du tour 2011 donné par Roger Waters.

Oh. J’aurais aussi bien pu passer à côté. Incurable que je suis, l’info n’avait que traversé mon cerveau il y a des mois, vite chassée par des préoccupations plus matérielles.

Mais voilà. Je suis allé voir les Best of Floyds à l’Olympia, sur un hasard et une impulsion. Et j’ai trouvé le plaisir à écouter la musique planante des Pink Floyd interprétée en live [3]. Vraiment. Peut-être aussi fort que ma première émotion artistique [4]. Alors j’ai foncé. Trouvé une place à la revente pour The Wall [5].

Et quel bonheur que d’avoir assisté à ce show musical et visuel. Qu’importe que Roger Waters soit un peu vieillissant [6] et chante peut-être certains morceaux en play-back. La puissance musicale et scénographique du spectacle m’a emporté dans 2 grosses heures de pur émerveillement partagé avec la salle, se levant comme un seul homme sur les morceaux emblématiques, reprenant les bras levés les refrains, époustouflés...

En revoyant ma série de photos d’ambiance [7], en ré-écoutant la musique, en relisant l’histoire racontée je comprends aussi que The Wall me touche au plus profond parce qu’il parle de mon mur.

Le mur que j’ai construit comme Pink, barrière me protégeant de mes émotions pour ne pas encombrer le flot incessant de ma pensée. Pour ne pas avoir à montrer qui je suis. Pour me couler dans le moule social et être ce que l’on attendait de moi que je sois.

Le mur qui a si longtemps donné une image d’un moi distant, froid, et parfois cassant aux yeux des autres (et peut être encore parfois).

Le mur qui a fait de moi une machine d’une productivité diabolique, incomparable quand il s’agit de résoudre des problèmes qui n’ont rien à voir avec l’humain.

Le mur qui a fait souffrir la maman de mes enfants.

Le mur qui a fait souffrir celle avec qui j’ai essayé de reconstruire une autre histoire et qui ne se remet pas de ces souffrances. Elle a pourtant fait finalement tomber ce mur sous ses coups de boutoir incessants, après 3 ans d’une aventure chaotique et pour ça je suis son débiteur éternel.

Après plus de 30 ans, j’ai vu le mur tomber. Il reste maintenant à explorer ce qui se cachait derrière, et vivre avec la conscience du mal qu’il a fait.

Isn’t this where...

P.-S.

Et aussi :

— 11 juin 2011

Portfolio

Notes

[1Aujourd’hui je dirais qu’elle m’avait ému, mais étais-je capable de mettre ce mot sur ce sentiment là alors ?

[2Comprenez que non seulement je ressens une émotion à l’écoute de leur musique , mais que je suis aussi capable de la partager

[3Il faut souligner l’excellent travail des Best of Floyds qui rejouent pendant 3h avec humilité et sincérité les plus beaux morceaux des Floyds, finissant même par nous emporter dans un tourbillon sensoriel où l’on apprécie juste leur jeu sans plus chercher à comparer quoi que ce soit

[4La rétrospective Chagall, dans les galeries du Grand Palais, en 2003

[5Ça m’apprendra

[6avec de loin un air de vieux beau en basket

[7de mauvaise qualité, il y en a de bien meilleures

Vos commentaires

  • Le 11 juin 2011 à 23:02, par Alpha En réponse à : Le mur

    Waow, bravo.

  • Le 14 juin 2011 à 11:17, par stef En réponse à : Le mur

    Je me mêle de ce qui ne me regarde pas, mais Pour me couler dans le moule social et être ce que l’on attendait de moi que je sois. m’a fait réagir.

    Un mien proche a cru aussi qu’il devait se conformer à ce qu’on attendait de lui. Il s’est beaucoup torturé avec ça.

    J’ai eu du mal sans circonlocutions énormes à lui expliquer, je ne sais pas si c’est passé ou pas, mais le monde n’attend rien de nous : nous pensons juste que les autres ont une image de nous, bien plus belle et difficile à tenir que celle que nous pensons pouvoir donner.

    Je n’ai pas de solution, juste un début de réflexion. Les gens n’attendent rien de nous, sauf d’être là pour eux ; et encore, on peut choisir pour qui et pour quoi on veut être vraiment là.

    Bonne chance, c’est toujours douloureux une seconde naissance. (ça fait un peu psy-à-deux-balles-la-quarantaine-aidant, mais voilà, je n’ai pas trouvé de meilleur définition de ce moment où on s’accepte : avec la chance tout de même de se réveiller avant d’être morts.)

    Des bisous.

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